Le Nôtre et l'art des jardins

Françoise Adam et Françoise Bonnin
Préface par Étienne Dennery

Le Nôtre s'est formé en un temps où le classicisme ne s'imposait pas sans partage à l'esprit des artistes et des écrivains : la préciosité était un aspect du baroque qui florissait alors en plusieurs pays d’Europe ; Mazarin, cet italien, introduisit en France les spectacles de l'opéra, avec leurs prestiges illusoires ; Louis XIV conserva jusqu'à l'âge mûr le goût du théâtre et Le Nôtre le servit. C'est pour lui que cet artiste fit de Vaux et de Versailles le décor de fêtes éblouissantes ; pour lui que, dans un bosquet des Tuileries, il aménagea une salle de comédie, plantée d'ifs, d'épicéas, de marronniers d'Inde ; pour lui que, dans ceux de Versailles, il réserva une salle de bal avec rocailles, un vertugadin qui dessine un amphithéâtre, une salle de festins, un théâtre d'eau.
Le Nôtre, comme tous les classiques, ménage des passages, des transitions ; il procède par degrés suivant la méthode cartésienne. Les parterres fleuris conduisent l’œil aux tapis verts, ceux-ci aux charmilles, ces dernières aux bosquets dont les frondaisons se mêlent bientôt à celles de la forêt. On parvient seulement alors à la nature indomptée. Le Nôtre semble penser avec les théologiens que cette nature est le règne du chaos, comme la nature humaine, viciée par le péché originel, est celui des passions. Il faut soumettre l'une et l'autre à l’empire de la raison, reflet de la raison divine, où résident, suivant Platon, les idées, la perfection des formes géométriques. Toutefois le sage, le moraliste – et qui ne veut l'être alors ? – doit éviter les excès ; on ne saurait brutalement violenter la nature : « Qui veut faire l'ange fait la bête », dit encore Pascal. Le Nôtre respecte les accidents du terrain ; il suit les courbes de niveau qu'il se contente de rectifier ; il régularise, il ne supprime pas : de la falaise qui suit la Seine à Saint-Germain-en-Laye, il fait la terrasse ; du ruisseau qui irrigue le val de Galie à Versailles, le Grand Canal. On crut, dit La Fontaine, qu'il avait le pouvoir de commander à la nature ; elle lui obéissait, parce qu'il lui demandait ce qu'elle pouvait donner.
 
Cet ouvrage a été publié à l'occasion de l'exposition « Le Nôtre (1613-1700) et l'art des jardins », présentée par la Bibliothèque Nationale sur le site Richelieu, galerie Mansart, du 11 décembre 1964 au 31 janvier 1965.

Informations pratiques

Description
2 fasc., 19 et 62 p., 21 x 27 cm
Date de parution
1964
ISBN/EAN
Editeurs
  • Bibliothèque Nationale
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Indisponible

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